Ça pourrait s’appeler « Comment les médecins ont peur du doute » ou « Pourquoi je mindfuck la binarité sans l’avoir voulu ». Peut-être même « Ce que j’ai trouvé sur le chemin de l’errance médicale ».
En tout cas ça commence par la chute progressive de mes cheveux puis de tous mes poils et le changement du regard des gens. Pour l’instant, c’est un monologue intitulé L’art d’être malade. Et avec l’aide de Garage 29, ça deviendra mouvement.
Quelle est la trajectoire d’un corps qui ne se tolère plus lui-même ? Comment traverser les peurs que je vois dans le regard de l’autre ? Et à quoi ça ressemblerait de combattre l’injonction à la résilience qui accompagne la maladie ?
Olivia Stainier
Note d'intention
Un jour, quelqu’un m’a demandé de raconter ce que c’était, être malade. Les personnes présentes se sont assises et j’ai parlé pendant une heure. Je transformais mon expérience solitaire en intelligence collective et c’est comme si les muscles de mon cerveau se souvenaient comment danser. Je suis actrice, dramaturge et porteuse d’une maladie auto-immune très visible : l’alopécie. Depuis 2020 et la chute de tous les cheveux et poils de mon corps, j’expérimente constamment les réactions, peurs et projections que charrient mon corps étiqueté malade dans l’espace public. Je constate que ma maladie m’a décentrée, littéralement : je suis passée du grade de la jolie fille au rang d’ovni. Je suis renvoyée à la marge. Ma vision du monde est bouleversée. Un pan du réel s’abat, certains mythes s’effondrent, au premier rang desquels mon identité, et à partir de là, la société autour. L’art d’être malade cherche à transformer cet étonnement philosophique en outil d’analyse politique et en expérience esthétique. Comment le théâtre peut-il donner forme à ce processus? Je souhaite utiliser le rapport entre la scène et la salle pour : partager les réflexions infusées à coups de salles d’attentes, mettre à mal les phénomènes de projection que charrient la maladie et déployer la liberté dérobée entre deux couloirs d’hôpitaux.
Biographie
Olivia Stainier (Bruxelles, 1994) est une comédienne, dramaturge et metteuse en scène diplômée du Conservatoire Royal de Liège en 2020. Comme dramaturge, elle collabore avec Marthe Degaille (BETELGEUSE, 2023), Agnès Limbos (Les lettres de mon père, toujours en tournée), Elsa Chêne (Handle with Care, 2026), Camille Freychet et Maïa Blondeau (Territory of scars, 2027). Comme actrice, elle travaille avec la compagnie Ontroerend Goed (™, 2021), Ifeoma Fafunwa (Ecoute!, 2023), Le Corridor (Histoires courtes, 2024), la Clinic Orgasm Society (George de Molière, toujours en tournée) et Adeline Rosenstein (Laboratoire Poison, toujours en tournée). Sa première mise en scène JEU DE SOCIÉTÉ est une performance philosophique destinée aux enfants qui a obtenu le label “Spectacles à l’école” en Fédération Wallonie-Bruxelles.