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Interview
Le monde onirique d'Ether © Bastien Capela

Le monde onirique d'Ether

Agence culturelle : Ether est un deuxième solo qui après Y a trop de bruit pour que je puisse t’aimer sonde des territoires inexplorés en prenant appui sur un ensemble de dessins de votre cru, Western, un ensemble d'images retraitées et mouvantes.
Que signifient pour vous ces passerelles entre le graphisme numérique et le corporel ? Comment s’articulent-ils dans cette nouvelle création ?

Carole Vergne : Ether n’est pas un projet qui se définit à travers deux mediums, il rencontre tous les corps de langage : le son, la lumière, la vidéo et la danse, le tout énoncé en vrac ou en désordre…Une recherche de dialogue subtil entre tous. Une de mes intentions était que le projet d’écriture chorégraphique soit une extension du projet graphique, que ce soit le corps ou l’infographie, chacun a à voir avec l’espace, tout est une question de perspective.
Pour Ether, il y avait aussi un désir d’expérience cinématographique que les vidéos apportent, entre incarnation du corps au plateau et abstraction de l’image, entre présence réelle et présence hybride : "l’Homo-imago".
Ether, c’est le projet d’une errance obligée, un espace "qui rejette l'horizon même d'un monde"1. On peut dire que cet endroit donné, énoncé, est "d’une extériorité illimitée et cependant plus intime que toute intériorité"2.

A.C. : Le titre, Ether, peut être le nom d’une héroïne ou une référence à quelque substance immatérielle... Y a-t-il quelque chose d’un monde "éthéré" qui se donnerait à saisir par le spectateur ?

C.V. : Ether est avant tout le nom du personnage, comme un projet de Fiction, qui rend à la fois possible la distanciation et la projection. Ensuite, Ether est riche de sens, c’est à la fois le cinquième élément, un élément nécessaire à la propagation de la lumière, un élément qui, s’ il était visible, se manifesterait sous la forme d’une torsion et c’est aussi un dieu de la mythologie grecque. Ether ou l’éther est à l’origine de beaucoup d’études physiques et mystiques. Mais pour le spectateur ce qui est à saisir est précisément l’insaisissable, les métaphores sont des portes multiples pour que le spectateur s’y loge, s’y dépose.

A.C. : Ce spectacle pousse assez loin la dimension virtuelle, le travail sur les lumières et la création musicale. Quel a été le climat recherché ?

C.V. : Les dessins, le projet ont vraiment crée une émulsion collective avec une part de questionnement inhérent à la singularité de la proposition, je ne voulais pas d’interactivité.
Hugo Dayot et Bastien Capella avaient pour tâche délicate de s’emparer de la matière visuelle et de l’inscrire dans l’espace scénographique, ils ont réfléchi au support, aux formats imposé par les tulles et il fallait s’accorder aussi à la teinte avec l’arrivée de la lumière. Ils ont travaillé à retoucher et affiner, fait en sorte que se fondent et se confondent les territoires d’images.
Pour la pièce, je voyais un paysage de métal, mais je croyais que c’était la scénographie qui amènerait cette sensation, finalement c’est la lumière qui nous donne cette sensation. Quand j’ai appelé Maryse Gautier, c’est parce que je voulais que ce soit elle qui réfléchisse à la conception lumière, je savais que le fluo était la source qui se rapproche le mieux de l’ampoule d’un vidéoprojecteur. C’est une des spécialistes... (...) C’est impressionnant de la voir travailler, elle est d’une précision incroyable, elle maîtrise une contradiction étrange, la luminosité de l’obscurité, sa lumière permet d'accéder au monde phénoménologique.
Pour la création musicale, Laurent Sassi m’a été recommandé par l’Agence Culturelle de Dordogne. Il a une identité sonore puissante où s’entremêlent des intentions sonores latentes, des frottements, des glissements. Grâce à sa composition, la pièce est d’une fluidité incroyable, alors que l’on n’a de cesse de jouer à des bascules oniriques, à des changement de territoires, passant d’une nuit artificielle et hallucinogène bleu à un monde gris et cendre.

A.C. : Vous avez travaillé durant un mois en résidence à Boulazac et Bergerac. Quel bilan tirez-vous de ce travail d’équipe, et de l’apport de nouveaux collaborateurs ?

C.V. : Je préfère parler de rencontre. La présence de telle ou telle personne impacte directement le projet, chacun vient avec son imagination, sa créativité, il faut être assuré que l’on a les mêmes désirs, que nous nous racontons la même histoire. Que notre vision du monde trouve des points de concordance.
Je pense toujours que c’est la création qui prend un sens collectif, que l’on doit se mettre au service d’un projet et non d’une personne. a.a.O est un collectif de moyens, ce qui n’empêche pas qu’il y ait des personnalités derrière le projet, plusieurs esprits créatifs.
C’est un point sur lequel j’insiste depuis le début, je préfère parler de rencontre, de famille de travail qui s’associe pour un projet. Pour la création d’ Ether, nous nous sommes menés ensemble, une équipe réunie : Bastien Capela, Hugo Dayot, Maryse Gautier, Laurent Sassi et moi-même avons œuvré, sans jamais sentir l’intrusion de chacun, même si nous pouvions avoir des préoccupations personnelles dans chacun de nos médiums de prédilection, et aujourd’hui j’ai compris que j’avais besoin de puissance et d’artistes autour de moi pour révéler et traduire mes intentions de travail, m’accompagner à l’endroit de mes désirs.

1- Le livre à venir, Maurice Blanchot, Gallimard, 1959
2 - Les dimensions de l’espace chez Maurice Blanchot, article de Thierry Durand

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