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Interview
Interview Jeanne Quéheillard

Interview Jeanne Quéheillard

Agence culturelle : Vous êtes théoricienne du design. Quel est votre parcours ? Pourquoi avoir choisi de vous consacrer à cette discipline ?

Jeanne Quéheillard : Depuis 1985, je me suis engagée dans une réflexion sur l’art, le design et l’architecture. Initialement formée à la psychologie clinique et à la psychanalyse, l’intérêt pour la créativité humaine et pour la création artistique était au cœur de mes réflexions. Le design m’est apparu comme le champ contemporain de l’expression d’une créativité sociale. J’ai fait des expositions et j’ai développé un travail d’écriture avec et pour des designers. En 1994, j’ai commencé à enseigner la culture du design à l’école des beaux-arts de Bordeaux. Cet enseignement m’a permis d’approfondir mes hypothèses quant à la place du design, comme art social, et à la fonction endossée par les designers. A ce titre, je ne pense pas le design comme une discipline, mais comme champ de production qui, partant d’un désir d’art dans tout ce qui nous entoure, met l’usage des choses et l’adresse à un utilisateur comme questions premières. Le designer est une nouvelle figure d’artiste qui s’attache à la vie quotidienne, celui qui met de l’art dans l’industrie. Je reprends à mon compte la formule de Moholy Nagy, un artiste du Bauhaus : « Le design : pas une profession, une attitude… » 

A.C. : Qu’est-ce qui vous a incitée à accepter le commissariat de l’exposition  Le design,c’est ? 

J.Q. : J’ai accepté sans hésiter. Le design, qui réunit techniques, esthétiques et société, évolue sans cesse, et travaille sans cesse à sa définition. La proposition de faire une exposition didactique, c’est-à-dire qui permette de comprendre et de regarder le design à l’heure actuelle, est toujours nécessaire. Que cette exposition soit portée et produite par l’Agence culturelle départementale Dordogne-Périgord lui donne encore plus de légitimité. C’est la reconnaissance que le design appartient à notre culture, et qu’il nous concerne tous. Le design est devenu un phénomène de masse. Nombreux sont ceux et celles qui ont une volonté de design dans leur vie quotidienne, nombreux aussi sont ceux qui veulent s’engager dans le design (le nombre d’écoles en augmentation estlà pour en témoigner). Ce n’est pas pour autant qu’il y a du design partout.
La culture du design demande des connaissances spécifiques et une sensibilité dans la construction des formes qui se posent dans le monde. Très souvent, l’évocation du design renvoie à des formes originales ou épurées, à des couleurs vives et tranchées, à des matériaux comme le métal, le verre, les plastiques. Le design est pris pour un style, en position d’adjectif comme on dit c’est beau, c’est moche, c’est froid, c’est « design ». Ce point de vue stylistique souligne son caractère nouveau voire son appartenance au système de la mode. Alors même qu’il apporte une valeur ajoutée, il ne sauve pas toujours les meubles. Cependant, cette perception de la stylisation de la vie par le design, se rattache à un savoir partagé sur la culture contemporaine des sociétés industrielles.

A.C. : Selon quel principe avez-vous choisi les pièces exposées à l’Espace culturel F. Mitterrand ?

J.Q. : Les projets choisis et présentés dans l’exposition sont classés selon les trois piliers fondateurs du design : industrie, objet et grand nombre. Ils servent à la démonstration. Ils permettent une lecture du design à l’heure actuelle, et font apparaître la place du designer dans ses multiples modalités.
Le choix des projets se fonde sur un principe de proximité. Dire en quelque sorte « Le design est chez vous », à Périgueux. Tous les jours, le public, qu’il soit spécialiste ou non, utilise des objets ou côtoie des situations qui appartiennent au champ du design. Les productions puisées au plus proche et choisies comme autant de cas d’école pour leur qualité exemplaire, sont décrites pour ce qu’elles impliquent d’un process, mais aussi d’une pratique et d’un usage. Elles sont observées dans ce qu’elles relatent d’une époque ou d’une société (techniques, styles, cultures). Cette observation s’accompagne de récits multiples (entretiens sonores, films, écrits, images). Tous les projets présentés sont conçus par des designers. Ils donnent une vue large et diversifiée de leurs champs d’intervention. L’exposition Le design, c’est ? entend démontrer que le design est un champ d’expérience proche, commun, connu et partagé.
Pour confirmer sa visée didactique, l’exposition trouvera un prolongement ultérieur dans une application numérique accessible à tous sur tablette ou ordinateur. L’exposition sera relatée et augmentée de nouvelles contributions à travers des textes théoriques, des expériences élargies ou des situations plus spécifiques comme l’histoire des résidences de designers auprès des artisans de Nontron.

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