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Interview
Jane Harris : entre formalisme et ornementalisme

Jane Harris : entre formalisme et ornementalisme

Accueillie par l’Agence culturelle départementale, l’exposition de Jane Harris Surface, Edge, Depth débutera le 18 avril dans les locaux de l’Espace culturel François Mitterrand, à Périgueux. L’artiste, installée depuis 2006 en Dordogne, a accepté de lever le voile sur son travail, une œuvre à la fois rigoureuse et raffinée qui connaît un rayonnement international. Elle sera prochainement invitée par la Fondation Josef Albers, dans le Connecticut, pour préparer une exposition de dessins à Brooklyn.
Autant dire qu’il ne faut pas manquer d’aller à la rencontre de cet univers fascinant qui se présente à nos portes.

Agence culturellePar sa facture particulière, votre oeuvre semble un compromis entre rigueur formelle et fantaisie ornementale.
Jane Harris :Fantaisie est un mot un peu fort (sourire). Disons recherche ornementale. Le plus important pour moi, c'est la rigueur. Non que je recherche la froideur : je souhaite que mon oeuvre touche. Les surfaces sont faites de gestes de peinture, des gestes très méthodiques, très maîtrisés. Le dessin est aussi très important pour moi. Il y a les dessins qui sont une première étape pour la peinture. Mais il y a aussi les oeuvres dessinées, qui me permettent de faire des choses plus graphiques, plus précises, plus contrastées. Quand j'utilise la matière, j'aime aller au fond de cette matière. Avec le dessin, j'aime le contraste noir et blanc et utilise la matière du papier « rough » (avec du grain) où il est possible d’apercevoir, à travers le noir du trait, des petites tâches de blanc qui provoquent une vibration.

A.C.  : Une forme est récurrente dans vos oeuvres, c'est l'ellipse. Comment expliquez-vous cet intérêt porté à la forme elliptique ?
J.H. :Dans les années 80, j'ai réalisé beaucoup de peinture sur le thème des jardins. Je suis allée au Japon pour observer les jardins zen et j'ai passé une année en France pour étudier les jardins classiques : j'ai visité les jardins des châteaux de la Loire, les jardins de Le Nôtre. Ce qui m'intéressait beaucoup, était d’obtenir dans le même dessin les formes ornementales et les plans mêmes des jardins. Au moment où j’ai voulu dessiner un bassin d'eau, il était nécessaire de réaliser une ellipse. Je faisais des esquisses, mais je voulais savoir faire une ellipse aussi en peinture. J'ai recherché la méthode pour y parvenir avec les compas, des instruments d'architecte. Je ne suis pas mathématicienne, même si la géométrie m’a toujours intéressée. Je me suis rendue compte que cette forme offrait une infinité de variations possibles sur la toile. J'ai voulu alors combiner le design des plans avec des éléments plus ornementaux puisés dans mon observation des jardins.

A.C. :  Les effets de relief, de lumière, de vibration sont très caractéristiques de vos peintures. Comment procédez-vous ?
J.H. : Cela s'est développé peu à peu dans l'expérimentation de la peinture. J'aimais les formes mais au début je me demandais comment remplir ces formes pour les rendre vivantes. C'est en cherchant, que j'ai pu réaliser que par des couches successives, la direction donnée au pinceau, une manière de poser les touches de couleur, on pouvait obtenir des effets de lumière et de matière. Depuis ces dix dernières années, j'utilise avec la peinture à l'huile, des peintures dorées ou argentées, qui apportent du brillant.
La lumière qui est dans le tableau peut apparaître différente selon l'endroit où l’on se place. Il faut prendre le temps de jouer avec la lumière, de se déplacer autour des oeuvres.
Chaque peinture demande un temps long de réalisation. Il me faut faire un fond avec de la peinture diluée et appliquer les couches les unes après les autres sur le dessin. Je tâtonne jusqu'à obtenir ce que je cherche. Ce peut être des changements très subtils comme très importants. Le moment où j’estime la touche juste est de l'ordre du ressenti. Il est très difficile d'expliquer ces choses. Il ne s'agit pas de mystère à entretenir, simplement d’impossibilité de le traduire par les mots le langage de la peinture.
J'ai une direction assez précise quand je commence une oeuvre. Mais le résultat est souvent éloigné de mon idée de départ

A.C. : Quand vous travaillez sur une couleur, vous allez au bout de cette couleur, ce qui rend vos monochromes riches et saisissants.
J.H. : En réalité mes peintures ne sont pas des monochromes, mais plutôt des bichromies, même si les deux couleurs sont parfois très proches. Au cours d'une exposition dans une petite galerie à Bordeaux, un critique a décrit mes travaux comme de « faux monochromes ». Cette formule m'a bien plu. Il y a une dimension d'interrogation, de « cheating » (tricherie) qui amène à se questionner sur ce qui est réel et ce qui est illusoire. J'aime bien me situer dans cet entre-deux.

Pour en savoir plus, accéder au dossier de presse et aux informations pratiques

"Ma peinture n’est pas l’expression de moi-même. Je ne suis pas expressionniste, je regarde la nature, les changements de la nature. Mon intérêt est d'observer notre relation en constante évolution par rapport à certains éléments du monde que nous habitons, y compris les références au microscopique, à l’organique, au numérique et au cosmique. J'essaie de distiller ces observations dans des formes qui sont apparemment simples dans leur géométrie mais infiniment complexes à travers une attention particulière portée à la couleur, au bord, à la surface, à la profondeur et à la lumière." J.H.

Autour de l'événement

Vernissage : vendredi 17 avril à 18h
Entrée libre du mercredi au vendredi de 13h à 17h, le samedi de 14h à 18h (sauf jours fériés)
Accueil de groupes du mercredi au vendredi de 9h à 17h (sur réservation)

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