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Interview
Guillaume Martial ou la réalité réinventée © Agence culturelle

Guillaume Martial ou la réalité réinventée

Dans le cadre des Résidences de l'Art en Dordogne

L'artiste qui redonne un sens à l'espace urbain entame une résidence au coeur du centre hospitalier Vauclaire. Cette immersion va le confronter au monde mystérieux de la psychiatrie. Il a expliqué sa démarche devant le public venu le rencontrer le 2 février dernier dans les locaux de Zap'art où il est accueilli. Son travail a surpris par son étrangeté, son humour, sa poésie. Portrait.

Guillaume Martial est un jeune artiste de trente ans qui, depuis 2015, vit et travaille  à Lyon. Silhouette fine, visage émacié, moustache brune faussement sévère, l’homme, plutôt modeste et réservé, ne manque pas de révéler, à travers son art, son goût de la fantaisie, sa propension au ludique, son aspiration au poétique. Après une formation en audiovisuel, il réalise vidéos et photographies, ces dernières répondant mieux à ses intentions artistiques par la légèreté du dispositif et son instantanéité. Le cinéma n’en reste pas moins une source d’inspiration, en particulier les œuvres de Buster Keaton, de Jacques Tati, de Max Linder dont on retrouve la veine burlesque en parcourant ses clichés.

La recherche de l'insolite
A l’origine de la démarche, il y a la recherche d’un lieu incongru ou d’un élément architectural insolite. Cette recherche représente la plus grande partie de mon travail, précise l’artiste. Une fois le lieu déterminé, vient le temps de l’expérimentation, une expérimentation longue qui passe par une appropriation corporelle du lieu, le corps de l’artiste étant lui-même mis en scène. Le spectateur devient alors le témoin d’une histoire, celle d’un personnage entrant en relation étrange et poétique avec un espace urbain. La singularité du travail de Guillaume Martial tient à cette interaction entre sa sensibilité visuelle et son expérience de sportif qui s’est voué durant dix ans au patinage artistique.

Un personnage protéiforme
Créer une fiction avec un personnage récurrent faisant corps avec un lieu dans des postures improbables constitue le substrat de son travail. L’intervention corporelle vise à conférer au lieu un nouveau sens, le corps pouvant devenir partie intégrante de cet espace. Mais l’expérimentation réclame des essais successifs nombreux - parfois jusqu’à cinquante prises - avant que ne soient trouvés la posture et l’angle justes. C’est un travail performatif qui demande une grande précision, reconnaît Guillaume Martial.
Après la série Parade, clin d’œil à Tati,  la série Modulor, réalisée à partir de modules de gymnastique aux couleurs primaires dont l’artiste tire une sorte « d’alphabet fictif », fait référence au Modulor* créé par Le Corbusier. Répondant à une commande, le photographe réalise également une quinzaine de clichés dans le chantier du nouveau centre de recherche d’EDF en région parisienne. Il y raconte en images les aventures d’un ouvrier en combinaison fluo explorant les lieux.

Entre humour et poésie
Par leur sens de l’absurde et de la dérision, leur poésie intrinsèque, ces images font sourire et rêver. Le personnage inventé par l’artiste n’a pas souvent les pieds sur terre, et perché sur des observatoires insolites aime tourner son regard vers les étoiles.
Ces qualités esthétiques et poétiques ont séduit les décideurs des Résidences de l’Art en Dordogne et valent aujourd’hui à l’artiste d’effectuer cette résidence de recherche au sein du centre hospitalier Vauclaire.
Immergé depuis quelques jours seulement dans ce complexe psychiatrique, Guillaume Martial observe et prend des notes. Il a envie de s’intéresser à la façon dont les personnes qui vivent et travaillent ici, se meuvent dans l’espace. Par le biais de la photo ou de la vidéo, peut-être les deux, il s’agira moins, pour moi, de m’intéresser aux spécificités architecturales du site que de tourner l’objectif vers l’autre, sa manière d’exister dans ce lieu spécifique. Ce sera certainement de la fiction car ce lieu-là me fascine par sa capacité à en créer… 

* Modulor est un système de mesure permettant d’aboutir à un confort maximal dans les relations entre l’homme et son environnement architectural.

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