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Interview
Ces médiations qui éclairent l'histoire de nos territoires

Ces médiations qui éclairent l'histoire de nos territoires

Les  différentes médiations proposées par Jean-François Gareyte sont volontairement pensées pour le grand public. Elles circulent dans les collèges et lycées mais s'adressent aussi à différentes structures du territoire, qu’elles soient d’intérêt historique, patrimonial ou culturel, organismes publics ou associations. Ces interventions ont pour spécificité de susciter une prise de conscience relative à l’identité d’un territoire, à sa différenciation par rapport à un autre, dans le domaine historique, culturel ou artistique.

A.C. : Pouvez-vous préciser la notion de narration territoriale que vous utilisez couramment ?

J.F.G. : J’aurais pu utiliser l’expression Storytelling mais ne s’y retrouverait certainement pas toutes les entrées que permet la narration territoriale. Un territoire raconte quelque chose. Par sa minéralogie, d'abord, qui favorise un certain type de sol, de plantes, d’animaux, d’implantation humaine. Rien n’est neutre en fait. Au-delà de ce constat, nous vivons dans un département rural où l’on pourrait penser que rien ne se passe en dehors des cités urbaines. C’est d’ailleurs l’essentiel de notre réflexion au sein de l’Agence culturelle, à savoir comment optimiser toute empreinte culturelle où qu’elle se trouve. Dans les zones rurales se trouvent des petits villages possédant des fontaines, des églises, des grottes parfois, des faits historiques souvent. Lorsque je reçois une commande, je m’inspire de la réalité locale - ce qui touche de plus près les gens - m’appuyant sur les légendes locales, les faits historiques, les contes et légendes liés à l’eau par exemple. Je fais en sorte de préparer une intervention en partant du local pour l’ouvrir vers le grand large…

A.C. : A côté des commandes, vous proposez tout un volet de médiations sur le Moyen-Age et en particulier les troubadours. Quel est l’objectif de cette médiation ?

J.F.G. : Le Périgord étant une terre occitane, on a assisté à une fulgurance artistique au XIIème et XIIIème siècle au cours de laquelle les artistes de langue occitane ont influencé l’Europe entière. On plaçait des mots d’occitan dans les conversations pour paraître « cultivé ». Ces artistes appelés troubadours, qui sont bien loin des clichés transmis par l’histoire française, sont des personnes nobles ou non nobles qui s’intéressent à tous les thèmes : la politique, la philosophie, la religion mais aussi et surtout la femme, ce qui va provoquer des remous et bousculer les conventions. C’est la naissance de la notion d’égalité de la femme, voire de l’idée de l’homme vassal de la femme qu’il aime, avec le concept de fin’amor. A une époque où les chevaliers étaient aux ordres des prêtres avec les croisades, ces idées nouvelles répandues dans le Duché d’Aquitaine sèment le trouble d’un point de vue politique et philosophique. Il se trouve que dans le vaste territoire d’Oc, qui va du Limousin à la catalogne, les grandes figures de troubadours se trouvent être des périgourdins parmi lesquels Guiraut de Bornelh, Bertran de Born, etc. Il ne s’agit pas de refaire l’ histoire médiévale mais bien de voir comment en leur temps, ces personnalités avaient une vision singulière, notamment sur les questions du moment, dont la conquête des territoires d’Orient par les croisés.
Le respect manifesté à la femme s’élargissait à l’autre dans sa différence, quelle que soit sa couleur, sa religion, sa culture, prenant le nom de « Paratge »…Parler de tolérance il y a huit cent ans renvoie à des problématiques actuelles. C’est la raison pour laquelle cette médiation Troubadours et croisades est si demandée dans les établissements scolaires et associations culturelles.

A.C. : En ce qui concerne la culture occitane, vous proposez des balades contées, mais aussi un jeu, un quiz nommé « L’occitan per las trulas ». De quoi s’agit-il au juste ?

JFG : Lors d'échanges et réflexions, on a fait le constat que l’occitan pouvait faire peur, apparaître comme un terrain miné face à des « occitanistes » purs et pointilleux. Comme c’est une question sensible, l’idée est née d’aborder cela par le biais de l’humour en imaginant un « occitan pour les nuls », ou plus exactement "per las trulas", trules faisant référence à personnes qui démarrent quelque chose sans jamais aller au bout. Il semblait intéressant de chercher à savoir ce que cela voulait dire se sentir occitan ou pas, en Dordogne. Ce questionnaire-jeu est pensé pour des non-occitanistes, c’est un power-point réalisé à partir de questions que j’ai définies, à la manière des tests d’auto-écoles avec des cases à cocher. Ça se passe en direct. C’est la première partie de l’intervention. Ensuite on aborde les réponses de chacun. L’idée est de s’amuser et surtout de démontrer, que la réponse soit juste ou non, la complexité de l’origine d’un nom, de la prononciation d’un mot, etc. J’ai eu la surprise de voir que les associations culturelles qui font la demande de cette médiation ne sont pas particulièrement portées sur l’occitan, mais le voient comme une manière ludique d’aborder la question.

A.C. : Vous abordez quelques figures historiques comme Aliénor d’Aquitaine, mais aussi sur un personnage un peu moins attendu dans le contexte du Périgord, il s’agit de Lawrence d’Arabie. Sur quoi s’appuie cette médiation ?

JFG : Avec Lawrence d’Arabie, on a un peu le résumé de tout ce que j’ai dit précédemment, à savoir comment partir d’une histoire locale pour aborder la grande Histoire. Au départ, il y a une anecdote qui est un fait réel. En 1908, un petit Gallois de 19 ans du nom de Thomas Edward Laurence est venu faire du vélo jusqu’ici. Il travaillait sur les donjons et les châteaux forts médiévaux pour faire une thèse…. Il est venu spécialement en Périgord pour la présence des fortifications militaires et les liens avec la guerre de cent ans qui opposait anglais et français sur le territoire d’Aquitaine. A travers ses lettres, on constate une grande connaissance de l’existence des troubadours dans cette région et on apprend que le jeune homme souhaitait fêter ses 20 ans à l’endroit même où a été tué le fils d’Aliénor d’Aquitaine, Richard Cœur de Lion, à la frontière entre le Périgord et la Haute-Vienne. En approfondissant sa vie, on découvre que cette passion pour le monde médiéval l’a poussé en Syrie et au Liban pour étudier les châteaux des templiers et des croisés, l’a incité à apprendre l’arabe. C’est ainsi qu’entre 1915 et 1916, il a été instrumentalisé pour mettre le désordre entre turcs, syriens et irakiens, devenant le fameux Lawrence d’Arabie, rendu légendaire grâce au film que l’on connaît. Dans mon intervention, je retrace son parcours en Périgord qui annonce la suite de son destin et ouvre des questionnements. Comment se fait-il que certains pays mettent en narration leurs légendes et les imposent aux autres ? Voilà une problématique qui peut naître à la suite de cette intervention. Et cela peut conduire à des résultats surprenants comme ce circuit de cyclotourisme mis en place par le Service Départemental du Tourisme sur les traces de Lawrence d’Arabie...

Pour connaître les conditions, obtenir une intervention thématique ou faire une commande spécifique, s’adresser au service de l’action territoriale et des publics.
contact : Jean-François Gareyte 05 53 06 60 54

Prochaines interventions

Occitan per las Trulas
Dans le cadre du festival La Vallée
Saint-Astier, le 6 juin à 17h30
Partenaire : CRAC

Au temps des croisades
Jeudi 8 juin
Au temps des troubadours
jeudi 15 juin - Grignols  (salle des fêtes)
Partenaire : association Mémoire de Grignols

Au temps des troubadours / Aliénor d'Aquitaine
Samedi 17 juin - 15h - Brantôme
Partenaire : association so British

Au temps des troubadours / Aliénor d'Aquitaine
Dimanche 30 juillet 10h30 - 12h - Château de Campagne
Partenaire : Musique en Périgord

Au temps des troubadours
Mardi 8 août- 20h - Château de Monbazillac
Partenaire : association Les Rives de l'Art

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