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Interview
détail d'une installation détail d'une installation

La maison de Bob Cougar

Tous les ans, le Moulin de la Baysse est investi par un artiste dans le cadre des Rendez-vous de mai, à l'invitation de l'association Excit'Oeil. L'Agence culturelle apporte son soutien à cette manifestation qui célèbre l'art in situ sur les rives de la Loue.  

Agence culturelle : Vous êtes à la fois éducateur et artiste. A quand remonte votre pratique artistique ?

bob Cougar: J’ai toujours été nourri durant mon enfance par la présence de l’art, que ce soit à travers mes parents, des intervenants comme Florence Lavaud qui animait l’atelier théâtre dans mon lycée. Une éducation globale avec un versant éducation populaire. J’ai toujours eu l’exigence, une fois obtenu mon diplôme d’éducateur spécialisé, de développer une pratique artistique. J’avais expérimenté l’écriture, le théâtre, le clown, le conte mais aussi le fanzine et la micro-édition. Par ce biais-là, en 2004, j’ai ressenti l’élan de coller quelque chose sur les murs. C’était l’époque où je cherchais à trouver comment faire des images sans passer par un cycle d’apprentissage classique. C’est entre 25 et 30 ans, au moment où je me suis construit en tant qu’adulte et professionnel que j’ai fait ce choix d’une double identité. Le personnage de Bob Cougar apparaît lors de ma première campagne d’affichage sauvage. 15 à 20 affiches placardées en une soirée. Je continue encore aujourd’hui à Périgueux à des rythmes différents.

Agence culturelle : Le personnage de Bob Cougar est une auto-fiction. Quelle est au juste sa fonction ?

Bob Cougar : C’est une forme de distanciation, de décalage. Il permet de me protéger, de parler plus facilement des choses difficiles et douloureuses. Lorsque je rencontre les journalistes, j’avance masqué. Le masque plus qu’un cache sert à révéler et à porter quelque chose. Dans les cérémonies primitives, le masque est la monture de quelque chose de plus grand que l’individu. Bob Cougar doit révéler quelque chose. Selon moi, quelque chose de la vie inconsciente qui nous concerne tous. Le premier Bob Cougar était moi enfant avec un peignoir, image que je n’ai cessé de détourner. Le personnage s’est enrichi au fil des ans. Il a pris les traits d’un un nain à moustache au regard méchant, portant une cagoule. Visuellement il a des caractéristiques physiques auxquelles je m’attache particulièrement : cicatrice sur le front, moustache, regard et sourire dévorant, cagoule rouge. Bob Cougar, je me l’imagine comme un envahisseur, un être dévorant, agressif, cette part sombre et violente de nous-même.

Agence culturelle : Cela renvoie à la question de la violence dans les images et les couleurs dominantes, noir, blanc, rouge que vous utilisez.

bob Cougar : Ce sont des couleurs primordiales. La référence politique à l’anarchie est probable mais elles ont aussi une portée symbolique et esthétique. Le blanc et le noir évoquent la lumière et les ténèbres. Le sang fait le lien. Il est ce qui vient irriguer. Il fait référence autant à la vie qu’à la mort. Le flux du sang, évoque le flot du temps qui s’écoule malgré nous. Le lien au moulin est tout trouvé.

Agence culturelle : Revenons aux images composées d’éléments disparates.

Bob Cougar : elles se lisent à plusieurs niveaux. Elles comprennent des éléments personnels, mythologiques et de culture populaire. Je tiens à agréger les trois. La dimension mythologique existe à travers les superhéros. Superman est un héros apollonien, il incarne le mysticisme et la toute-puissance, Batman est un héros proche d’Adès, en référence à la richesse aux contingences terrestres, Wonderwoman serait plutôt du côté d’Athéna… Mais le mythologique n’a pas à être perçu directement. J’ai horreur des slogans. J’ai envie de garder un peu de flou. Je souhaite que le spectateur soit avant tout dans une expérience sensible. Que chacun puisse enrichir sa pensée et se sente touché directement.

Agence culturelle : Parlons de votre installation au Moulin de la Baysse, est-ce pour vous une première expérience d’investissement d'un lieu ?

Bob Cougar : J’avais déjà fait des résidences mais pas comme celle-là avec un tel accueil, une telle confiance et les moyens qui suivent. C’est une forte pression. Une sacrée expérience.
J’avais vu l’exposition d’Inna Maaimura, Skotos, il y a deux ans au moulin, trouvé cela formidablement terrifiant. Son rectangle noir, cette fin du monde. Ce qui m’avait frappé aussi c’est le bruit de l’eau, le vacarme du torrent. En étudiant une anthologie imaginaire, j’ai pu approfondir ces notions de nocturne, d’eau sombre, de chevelure, le mouvement archaïque d’un flux qui nous échappe et nous emporte. C’est par ce bruit-là que j’ai été appelé par le lieu. C’est par lui que j’ai construit une représentation d’une maison que j’ai voulu être Ma maison.

Agence culturelle : Comment l’avez-vous conçue cette maison ?

Bob Cougar : Cette maison c’est un cheminement physique, un cheminement de pensée aussi.
La première salle, la salle à manger, est celle où le bruit de l’eau est le plus présent. J’ai voulu y joindre un flot d’images, des pixels projetés sur une assiette (c’est vrai qu’ils m’ont nourri), une projection à base de photogrammes. Dans ce film apparaissent des femmes victimes, issues de films d’horreur, des femmes qui hurlent mais qui accèdent à une certaine dignité, des stars ou « Screaming queen »… Cette ambiguïté m’intéresse.
Dans la seconde salle se tient un grand cube rouge, noir à l’intérieur. Dans cette grande boite rouge sont installées d’autres boîtes, des boîtes dans des boîtes. Dans chaque boîte figurent des objets, jouets… On peut y découvrir une vidéo dans un espace intimiste où l’on se retrouve seul avec des images inquiétantes. Dans cette association de boîtes, il y a un manque et dans ce manque se love pour moi l’innommable.
La salle des portraits fait place aux invocations. C’est la salle des ancêtres. Un ancêtre, c’est à la fois des valeurs et une personne. J’ai inventé les ancêtres de Bob Cougar comme j’ai inventé Bob Cougar.
Le clou de l’installation, c’est le téléphone au bout duquel on entend la voix de mon grand-père. La véritable voix de mon grand-père résistant qui raconte un épisode dans lequel il a fait sauter un pont dans la région. J’aime imaginer que ce flot torrentiel qui déferle ici charrie quelque chose de cette mémoire…

Visite tous les jours de 15h à 18h sauf le mercredi . Le Week-end, Bob Cougar reçoit en personne...
Entrée libre à l'arrière du moulin

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