Menu
Interview
Mathieu Dufois : propulser le dessin vers des langages nouveaux © Mathieur Dufois

Mathieu Dufois : propulser le dessin vers des langages nouveaux

Agence culturelle :  Vous avez été retenu pour une résidence de recherche et de création au Pôle International de la Préhistoire sur le thème « Copie et Préhistoire » ? Qu’est-ce qui a motivé votre candidature ?

Mathieu Dufois : Mon travail est depuis longtemps lié à la notion de mémoire collective. Je travaille très souvent à travers des documents d’archives, des séquences cinématographiques provenant de la période des « films noirs » ou du cinéma muet, mais également avec un corpus d’images issues de mes propres photographies représentant des empreintes, des formes picturales, des graffitis inscrits sur les murs.

J’essaie toujours de comprendre le fonctionnement d’une image, sa singularité et sa provenance.

C’est donc avec un immense intérêt que j’ai candidaté pour cette résidence aux Eyzies-de-Tayac car je connaissais la richesse de cette région avec ses multiples sites préhistoriques. Je savais que me confronter directement à la source des images, aux premiers gestes, m’aiderait à comprendre le commencement et pourquoi, encore aujourd’hui, l’homme n’a jamais cessé de vouloir représenter le monde qui l’entoure.

Agence culturelle : Votre travail s’appuie sur plusieurs mediums : la photographie, le dessin, le film et même les maquettes. Qu’est-ce que chacun de ces supports apporte de spécifique à votre univers ?

Mathieu Dufois : Ma grande préoccupation est d’expérimenter l’outil du dessin pour propulser son langage graphique vers des territoires nouveaux. Et pour cela, je ne cesse de le combiner avec d’autres médiums, que ce soit à travers le volume, le cinéma mais également la matière sonore. Mon but est de briser le cadre conventionnel du dessin et de témoigner de ses éventuelles mutations.

Par exemple, j’aimerais beaucoup profiter de l’occasion de cette résidence au PIP pour mêler le dessin avec la dimension chorégraphique. Je m’informe beaucoup en ce moment sur la nature du chamanisme ; peut-être que le rapport entre le corps sous l’emprise de la transe et le geste primaire du dessin pourrait amener des choses très intéressantes.

Agence culturelle : La notion de de récupération et de recyclage est au cœur de vos préoccupations artistiques. Qu’est-ce qui vous intéresse dans cette démarche de transformation ?

Mathieu Dufois : Lorsque je retranscris une image photographique par le dessin, j’aime témoigner de la manière dont ce dernier va transformer, par sa grammaire, tous les éléments de l’image. Mais ne pouvant atteindre le même niveau de précision que la photo, il va devoir interpréter ce qu’il voit, et durant ce procédé de décryptage, il arrive parfois que le dessin fasse surgir des éléments implicites que l’œil n’avait pas perçus. C’est une démarche presque quasi-archéologique.

Un autre point sur l’importance de travailler à partir d’une image déjà existante : la signification même de faire remonter en surface toutes les émotions du passé et de maintenir une mémoire très fragile. Les images doivent être vues ; c’est le pouvoir du spectateur de maintenir en vie ces images en les regardant et donc en les maintenant dans le temps présent. Boltanski disait cette phrase très belle et juste : « On meurt deux fois. On meurt quand on meurt, puis une seconde fois lorsqu’une personne trouve une photo de vous et que plus personne ne sait de qui il s’agit ».

Agence culturelle : Votre travail sur la mémoire, la trace, les empreintes d’un passé que vous cherchez à vous réapproprier relève-t-il d’une forme de nostalgie ?

Mathieu Dufois : Peut-être, mais ce n'est pas avec ce sentiment que je réalise mon travail. Ce qui m'intéresse avant tout est d'observer à quel point un événement antérieur maintient son existence à partir de traces, de souvenirs immortalisés par l'image. C'est l'image avant tout qui me questionne. Je cherche à comprendre son fonctionnement et à saisir toutes les émotions qu’elle contient, mais surtout voir comment elle interagit avec notre temps présent. J’ai la fascination de ce que j’appelle l’image fantôme. Si vous êtes dans une salle de cinéma et que s’anime devant vous Gary Grant, vous êtes alors en cohabitation avec un fantôme. Cet acteur n’est plus, cependant son image à l’écran se présente sous vos yeux. Je suis très sensible à cela, non pas par pure nostalgie, mais pour cet événement quasi miraculeux.

Agence culturelle : La notion de décombre, de ruine mais aussi de désastre et de drame suggéré dans certaines de vos œuvres créent parfois une sorte de malaise chez le spectateur. Allié à l’usage du noir et blanc, cette propension au tragique peut-elle s’apparenter à une esthétique de la noirceur ?

Mathieu Dufois : Pour moi, l'aspect sombre dans mon travail n'est qu'une façade, un voile qu’il faut prendre le temps de retirer pour pénétrer au-delà de l'image visible. Il est vrai que le thème de la ruine ou de la mémoire disparue peuvent amener un aspect dramatique mais, selon moi, il y a toujours les germes de vie plantés dans ces images/décors. Les traces, les fossiles, les reliques ou les photographies prennent le contrepied de la mort, car ils traversent le temps pour arriver jusqu’à nous.
Le passé reste imbriqué dans le présent.

Partager

TwitterFacebook Périgord Occitan

Newsletter

Agence culturelle départementale Dordogne-Périgord, Espace culturel François Mitterrand, 2 place Hoche, 24000 Périgueux
tél. 05 53 06 40 00  -  Contacts email - Mentions légales - Connexion