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Interview
Tirage exposé dans "Parallèle 45 - Azimuth Brutal"

En suivant le 45ème Parallèle Nord...

Nicolas Lux (photographe), Frédéric Roumagne (créateur sonore) et Christophe Dabitch (écrivain) ont parcouru en une semaine les 113 kms du Parallèle Nord qui traversent d'Ouest en Est la Dordogne, en tentant de respecter une ligne droite. C'était en 2015. Cette aventure humaine et artistique soutenue par l'Agence culturelle est restituée à travers une installation qui est, en elle-même, un voyage sonore et visuel.

Agence culturelle : Les notions de déplacement, de voyage, sont au cœur de votre travail photographique. Vous considérez-vous comme un photographe voyageur ?
Nicolas Lux :
Oui et non. Mon expérience personnelle m’a porté vers des contrées lointaines, c’est vrai. Mais le voyage est souvent identifié à la notion de vacances, associé au loisir, à l’exotisme, à la recherche d’un ailleurs. Cette vision stéréotypée qui correspond à l’idée de dépaysement, d’oubli ou de découverte, je m’en défends. J’ai eu des opportunités de voyage mais je n’aime pas les étiquettes telles qu’ « artiste aventurier » ou « photographe voyageur ». Je n’ai jamais senti les choses ainsi. Après toutes les expériences lointaines que j’ai traversées, j’ai eu envie de me donner la possibilité d’établir un « vrai-faux voyage » et du coup de plier en deux cette association voyage-éloignement, de la dénoncer comme une non-vérité.

Agence culturelle : C’est l’objectif de ce projet lié au 45e Parallèle Nord ?
Nicolas Lux :
Le projet est né de cette nécessité-là, celle d’expérimenter le voyage autrement, d’expérimenter ce que j’appelle « l’état de voyage », une situation pour laquelle on se rend disponible. L’éloignement peut jouer ce rôle mais pas forcément. L’objectif était de retirer l’éloignement comme élément principal du voyage et de créer de toutes pièces une forme différente de voyage. J’ai choisi un itinéraire proche de mon lieu de vie, en Dordogne, pour montrer que notre territoire pouvait être le terrain possible d’un voyage dit extraordinaire. Je me suis souvenu de ce que me disait un de mes profs étant enfant, à savoir que la distance la plus directe d’un point à un autre, c’était la ligne droite. Tout de suite est apparu le mandement consistant à se contraindre à une nouvelle forme de voyage, remplaçant l’éloignement par la contrainte de direction. Après m’être documenté, j’ai trouvé une ligne droite qui échappait à toute théorie touristique, celle du 45ème parallèle qui coupe en deux la Dordogne. Cette symbolique d’un département situé en position médiane, entre les grands froids et les fortes chaleurs, d’un espace de tempérance, ajoutait à l’intérêt de la recherche.

Agence culturelle : Le projet relève ainsi dès son origine d’une démarche purement intellectuelle…
Nicolas Lux :
Je le revendique. A mon sens, tout projet artistique qui ne part pas d’une réflexion est une imposture. J’ai toujours pris du temps pour mûrir mes projets. Celui-ci a mis du temps. Si l’éloignement n’est pas le paramètre dominant, le projet n’en est pas moins complexe. J’ai regardé de manière très précise où passait ce 45ème parallèle Nord. L’idée est née de créer un voyage infra-ordinaire sous forme d’une marche le long de cette ligne droite et démontrer que le voyage est avant tout une question de point de vue.

Agence culturelle : Dans quel esprit avez-vous abordé ce drôle de voyage ?
Nicolas Lux :
En suivant un axe d’Ouest en Est, on a pris cet itinéraire comme un terrain d’expérimentation artistique, un peu comme les situationnistes ou les artistes du Land Art peuvent le faire. Les imprégnations sensorielles qui nous ont habitées lors de ces sept jours de marche ont produit dela matière artistique. On voulait absolument échapper à la démarche documentaire ou de reportage naturaliste, c’est pourquoi on s’est imposé des contraintes en gardant en tête cette idée de fil tendu imaginaire et de voyage mi réel-mi imaginaire. On a cherché à éviter le piège de l’illustration pour sortir des poncifs du voyage. L’objet devait être poétique.

Agence culturelle : Qu’entendez-vous par l’expression Azimuth brutal ?
Nicolas Lux : Cette expression est empruntée au jargon militaire. Quand ils s’entraînent, les militaires doivent prendre parfois ce qui est appelé un azimuth brutal. Ils doivent avancer coûte que coûte selon une ligne droite, en dépit des obstacles. Cette référence militaire nous convenait parfaitement. On a traversé toutes sortes de lieux, bois, champs, retenus parfois par des buissons de ronces. Nous nous sommes rendus compte à quel point il était difficile, voire quasi impossible de marcher en ligne droite. Cette difficulté a marqué Christophe Dabitch qui a vu dans cette marche contrainte, une sorte d’effraction. Son texte intitulé Azimuth brutal et petites effractions renvoie à ce caractère brutal.
Nous avons le sentiment d’avoir ouvert une voie qui se referme derrière nous. Un parcours unique qui ne pourra jamais être reproduit. Dans ce sens, on se vit un peu comme des explorateurs.

Agence culturelle : Vous avez eu besoin d’embarquer dans cette aventure deux autres artistes. Quelle était votre motivation ?
Nicolas Lux : Les motivations étaient multiples. J’aime bien travailler avec des artistes qui ont un regard différent du mien. Le croisement des champs artistiques doit avoir du sens. Je n’avais jamais encore collaboré avec Frédéric Roumagne mais il me semblait intéressant de voir son travail d’écriture sonore mis en parallèle avec ma démarche. Quant à Christophe Dabitch, écrivain rencontré dans le cadre du festival Printemps au Proche Orient que j’organise, son intérêt pour la thématique du déplacement, du voyage me semblait totalement en phase avec le projet. Enfin, j’avais à cœur de ne pas entreprendre cette aventure tout seul et souhaitais que de cette expérience collective naisse un projet de restitution commun.
La présence de Frédéric et de Christophe a été très importante. Non pas seulement dans la restitution mais aussi dans leur contribution à modeler peu à peu le projet à mes côtés.

Agence culturelle : Comment va se présenter la production finale ?
Nicolas Lux : On va recréer dans la grande salle d’exposition, quatre modules matérialisant le pointillé du 45ème. Nous avons opté pour deux formats d’images : une série principale de 16 images en grand format et quatre séries de photos plus petites. Ces deux formats radicalement différents servent la scénographie. Dans des petites failles prévues à cet effet, un seul spectateur pourra voir les petits formats. La série principale sera constituée de grands tirages. Dans ces photos, j’ai voulu extraire tout ce qui évoquait l’humain, tout ce qui pouvait être anecdotique pour aboutir à un travail radical, minimaliste. L’œil est aspiré par le 45ème parallèle matérialisé par des objets, lignes électriques, des poteaux, au centre des images.
En ce qui concerne la matière sonore, huit pistes différentes seront distribuées en quatre points de diffusion, selon un mode aléatoire, ce qui rendra chaque visite unique. Dans la petite salle attenante, on a voulu restituer la dimension privée du projet, l’intimité de l’aventure humaine. La salle sera quasiment dans l’obscurité avec huit points d’écoute au casque dans lequel sera distillé un court texte de Christophe Dabitch lu par un comédien à la voix profonde et grave, Christian Cousteau.
L’ATD ( Agence technique départementale ) a été partenaire sur ce projet en fournissant une application de géolocalisation. Nous avons pu bénéficier d’une cartographie extrêmement précise utilisée pour les recherches géographiques. Ce document qui met en avant des courbes de niveau sera traité de manière artistique.

Agence culturelle : Le mot de la fin ?
Nicolas Lux : On pourrait résumer avec une formule : « Tout le monde rêve d’ailleurs, mais ailleurs c’est partout »

 

Exposition du 8 avril au 16 juin à l'Espace culturel François Mitterrand- Périgueux
Vernissage : vendredi 7 avril à 18h en présence des artistes
Entrée libre du mercredi au vendredi de 13h à 17h, le samedi de 14h à 18h ( sauf jours fériés )
Des visites sont proposées par une médiatrice les samedis à 14h30. Pour les groupes, visites et ateliers du mardi au vendredi sur réservation : tel 05 53 06 40 02 / Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. 

Production : Agence culturelle départementale Dordogne-Périgord
Partenariats : Département de la Dordogne, ATD de la Dordogne, laboratoire Central Dupon Images (Bordeaux)

Renseignements : 05 53 06 40 00

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